Bleu de Prusse, de Philip Kerr, aux éditions Points Seuil

Bleu de Prusse est le douzième opus des aventures de Bernie Gunther. Gunther est un policier berlinois, membre du parti socialiste à l’époque de la République de Weimar, devenu par la force des choses un enquêteur du SD, le service de la sécurité de la SS. Kerr en a fait un personnage profondément attachant, loser désabusé, enquêteur particulièrement doué, qui permet à l’auteur de nous faire approcher de très près les personnages les plus terribles et les plus abjects de l’Allemagne nazie : Heydrich, Himmler, Nebe, ici Borman, le secrétaire personnel de Hitler. Et même d’autres, tout aussi sadiques et inquiétants, comme Mielke, le chef de la Stasi est-allemande. Avec un talent rare et inimitable, Kerr a construit une série de romans policiers historiques uniques, qui nous entraîne au fin fond de la machine nazie comme dans un musée des horreurs. Kerr nous a quitté en mars 2018. Deux derniers Gunther sont parus en anglais et sont attendus en français. Ensuite hélas, il faudra refermer cette saga sans pareille. Et la relire.

Philip Kerr

Bleu de Prusse se déroule en 1939 et en 1956. Mielke, le chef de la Stasi, auquel Gunther a sauvé la vie des années plus tôt à Berlin, vient ordonner à notre enquêteur caché sur la Côte d’Azur d’assassiner à Londres une agent qui les a trahis. L’homme que Mielke charge de surveiller Gunther pendant qu’il accomplit sa mission est un de ses anciens adjoints lors d’une enquête en 1939 à Berchtesgaden, Friedrich Korsch. Un meurtre avait alors été commis sur la terrasse même du Berghof, le nid d’aigle d’Hitler dans les Alpes bavaroises. Gunther échappe à Korsch et traverse la France pour tenter de regagner l’Allemagne de l’Ouest afin d’y disparaître, poursuivi par les agents de la Stasi, et par la police française pour meurtre. Pendant sa cavale, il se remémore cette enquête de 1939.

On pourrait dire que c’est l’un des meilleurs de la série, mais on pourrait dire cela de chacun des romans qui la composent. C’est en tout cas un des plus classiques dans le récit d’une enquête policière. Il est évident que Kerr voulait nous montrer le Berghof et Borman, pour compléter le tableau de l’Allemagne nazie vue de l’intérieur qu’il peignait depuis l’Eté de Cristal il y a 25 ans. Ce petit côté artificiel disparaît immédiatement pendant qu’on s’immerge dans l’univers dangereusement prenant de cette série. A lire, et pour celles et ceux qui n’ont pas encore lu les précédents, toute la série est à lire avec passion. De préférence dans l’ordre de parution, pour ne pas se perdre dans les allers-retours chronologiques des épisodes successifs.

1 Comment

  • Fanny Posted 13 décembre 2019 10 h 44 min

    Je ne connais pas du tout cet auteur mais cet article a clairement suscité ma curiosité. Je note !

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